CHECK24 : nouveau coup de semonce sur les clauses de parité pour les entreprises de plateformes

Les clauses de parité restent fermement sur le radar de l’autorité allemande de la concurrence, comme l’illustre la récente affaire CHECK24. Surtout, les préoccupations de l’autorité ne se limitent pas aux clauses contractuelles classiques. Ils s’étendent également au classement, à la visibilité et à d’autres outils commerciaux capables de produire des effets similaires.

Ce qui s’est passé

L’Office fédéral allemand des cartels a clôturé son enquête sur CHECK24 en acceptant des engagements plutôt qu’en rendant une décision formelle d’infraction.[1] Cette affaire envoie néanmoins un signal clair : les mécanismes de parité restent un domaine à haut risque, en particulier lorsqu’une plateforme constitue une voie d’accès importante au marché.

Ce qui était sous surveillance

L’affaire concernait des clauses obligeant les fournisseurs d’énergie soit à proposer leur tarif le moins cher sur CHECK24, soit à ne pas proposer les mêmes produits à moindre coût via d’autres canaux. Selon l’opinion préliminaire de l’autorité, de tels arrangements pourraient restreindre la concurrence entre les plateformes, rendre l’entrée ou l’expansion plus difficile pour les petits concurrents et potentiellement susciter des inquiétudes au regard des règles relatives aux accords anticoncurrentiels et des principes d’abus de position dominante.

Pourquoi c’est important au-delà de l’énergie

La logique de cette affaire ne se limite pas au secteur de l’énergie. Le problème est que les mécanismes de parité peuvent limiter la capacité d’un fournisseur à se différencier entre les canaux et, par voie de conséquence, réduire la concurrence entre les intermédiaires. Cette logique est également pertinente dans les domaines des voyages, de la livraison de nourriture, des marchés et d’autres contextes de plateformes dans lesquels les plateformes se disputent l’offre et l’attention des consommateurs.

Pas seulement le libellé du contrat

Ce qui rend CHECK24 particulièrement intéressant, c’est que le cas ne se limite pas aux clauses expresses de parité. CHECK24 s’est engagé à ce que les commissions, le classement et la visibilité ne dépendent pas du fait que les fournisseurs proposent des prix plus bas ailleurs. La décision fait également référence à ce que l’on appelle le « dimming », c’est-à-dire la réduction de l’importance d’un fournisseur parce qu’il est moins cher sur un autre canal.[2]

C’est important car cela montre que le souci de concurrence ne concerne pas seulement la formulation d’un contrat. Il s’agit également de savoir si l’architecture commerciale d’une plateforme décourage effectivement les fournisseurs de se différencier entre les canaux. En pratique, le risque peut donc provenir non seulement de clauses écrites, mais aussi de logiques de classement, de règles de visibilité ou d’autres incitations commerciales qui conduisent au même résultat.

Les clauses de parité larges et étroites sont concernées

Les engagements couvrent des restrictions liées à la fois aux plateformes concurrentes et aux propres canaux de vente directe d’un fournisseur, tels que son site Internet ou son centre d’appels. Cela est globalement conforme à la pratique décisionnelle antérieure de l’Office fédéral des cartels : HRS concernait de larges clauses de parité couvrant à la fois les plates-formes concurrentes et les canaux directs, tandis que Booking a montré que des clauses étroites concernant les canaux directs pouvaient également susciter des inquiétudes.[3]

Pourquoi les opérateurs de plateformes devraient y prêter attention

Pour les plateformes, en particulier celles ayant une forte couverture du marché, la leçon est simple. Il ne suffit plus de revoir uniquement les clauses classiques du « meilleur prix ». Les plateformes devraient également examiner tout mécanisme susceptible de décourager les utilisateurs professionnels de proposer de meilleures conditions ailleurs.

Cela inclut le langage contractuel, les conditions d’intégration, les modèles de commission, les critères de classement, les paramètres de visibilité et les pratiques de gestion de compte. Le point plus large est simple : dans ce domaine, le fond compte plus que la forme. La suppression d’une clause explicite peut ne pas suffire si le même résultat commercial est obtenu indirectement.

Une leçon plus large pour les plateformes

CHECK24 rappelle que, du point de vue de l’Office fédéral des cartels, les préoccupations en matière de parité ne se limitent pas aux clauses NPF classiques. La question la plus importante est de savoir si la configuration contractuelle et commerciale d’une plateforme rend plus difficile pour les fournisseurs de se différencier entre les canaux. C’est une question dont les implications vont bien au-delà du secteur énergétique.


[1] Office fédéral des cartels, décision du 18 février 2026, B8-40/25, disponible sous 20260218_B8-40-25-Becision-expurgé.

[2] Concernant la gradation, cf. Höppner/Uphues, Application algorithmique de la parité des prix, disponible sur

[3] Office fédéral des cartels, décision du 20 décembre 2013, B9-66/10 (HRS), disponible sous B9-66-10.pdf ; Office fédéral des cartels, décision du 22 décembre 2015, B9-121/13 (Réservation), disponible sous B9-121-13.pdf.